Les piégeurs aux 102 renards

Un exemple de coopération intelligente entre agriculteurs et piégeurs.

Dominique Tuquoy et Henri de Raignac, agriculteurs à Tilh (40) entre Chalosse et Béarn, sont devenus en l’espace de quelques mois des spécialistes du piégeage du renard.

Tout est parti d’un double constat : des pertes lourdes et répétées pour les éleveurs de volailles en plein air (nous sommes dans le bastion du poulet landais labellisé), et une présence importante de renards observée lors des comptages nocturnes effectués par l’ACCA, en fin d’hiver. « On voyait beaucoup plus de renards que de lièvres », se souvient Henri, « on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose ». Quant aux pertes dans les élevages, certes connues, « on ne s’imaginait pas qu’il pouvait y en avoir autant : jusqu’à plus de 800 poulets sur des bandes de 6 000 à 8 000 ». Les pertes sont quasi quotidiennes et passent souvent inaperçues, à coup de 2 ou 3 poulets. Mais quand il en manque autant en fin de bande, ou qu’une centaine de volatiles s’étouffe dans la panique qui suit l’attaque, forcément cela interpelle : « c’est quand j’ai vu le godet rempli de cadavres que je me suis dit là, c’est du sérieux !». Agrément de piégeur en poche, Dominique et Henri décident de passer à l’action il y a un an, en février 2012. « On a demandé aux éleveurs de nous faire un petit tas de fumier derrière les bâtiments, tout près, pour installer nos pièges ». Un peu de sciure de bois pour camoufler les pièges, du sable ou encore mieux de la tourbe; Une dizaine de dispositifs sont ainsi mis en place, alimentés par des volailles, tripes de gibier… Et les prises ne tardent pas. « On pensait prendre une quinzaine de renards sur l’année, maximum, car on débutait à peine ». La suite dépasse complètement ce qu’ils avaient imaginé. Le 09 février 2013, soit exactement un an après leurs débuts, les deux agriculteurs ont pris leur 102e renard ! Dont 14 dans le même élevage qui perdait tant d’oiseaux, et 29 pour le seul mois de décembre, moment du rut chez le renard très propice aux prises rapides et multiples… « On est les premiers surpris, car même lors des battues on prend peu de renards et on n’en voit pas tant que ça. Jamais on ne soupçonnait une telle densité. Et encore, pour l’instant nous n’avons piégé qu’un gros tiers de la commune (soit un peu plus de 1 000 ha), car on ne peut pas être partout ! ».

Dominique et Henri se partagent les interventions, en fonction des disponibilités de chacun. « On tend les pièges, et les agriculteurs les surveillent. Sinon, bonjour les kilomètres car il faut les visiter tous les matins, c’est la loi. Dès qu’un renard est pris, ils nous appellent ».

Chez André Massy où le 96e renard a été pris, les dégâts ont chuté de 800 volailles l’an passé à un peu plus de 200 cette année.
Il reste donc du travail, mais les résultats sont là et l’éleveur témoigne de « la reconnaissance qui doit être apportée à ces piégeurs bénévoles, qui ne sont pas obligés d’intervenir ».

Il reste donc du travail, mais les résultats sont là et l’éleveur témoigne de « la reconnaissance qui doit être apportée à ces piégeurs bénévoles, qui ne sont pas obligés d’intervenir ». L’expérience démontre que plus les renards sont piégés à proximité des bâtiments, moins ils se méfient des odeurs humaines auxquelles ils sont habitués.

Les deux piégeurs prennent étonnamment très peu de précautions (contrairement au piégeage en milieu naturel, et les prises sont malgré tout très rapides et souvent multiples. « Et quand le chien de la ferme s’est pris une fois, il n’y revient plus ! ».
Dominique et Henri se plaisent aussi à souligner que leur action a des répercussions très importantes sur les relations agriculteurs/chasseurs. « Cela montre que les chasseurs ne s’intéressent pas qu’au gibier qui se mange, et c’est un message très positif vis à vis des agriculteurs».
Tel que le soulignent Jacques Sallaberry, Président de la FDGDON 64, et Benoît Soulat Président des piégeurs, « Le piégeage est un acte d’élevage ». Cette formule explicite par prend ici tout son sens, preuve s’il en est que notre activité, sélective et discrète, a de beaux jours devant elle.

Christian PEBOSCQ
Chargé de mission
Fédération Départementale des Chasseurs des Pyrénées-Atlantiques – 64000 PAU


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