SUIVI DE RENARDS

Un suivi pour mieux contrer les ruses de Maitre Goupil !

Pourquoi ?

C’est lors d’une réunion technique sur l’étude perdrix grise à laquelle participaient près de douze Fédérations Départementales des Chasseurs et différents acteurs cynégétiques ; que le Président, Dominique MONFILLIATRE, a émis l’idée de mieux connaître l’éthologie des Prédateurs.

En effet, les premiers résultats de l’étude perdrix sont clairs, presque les trois quarts des cas de prédations sont causés par le renard.
Comment éviter ces pertes ? (50 à 60 % des couples présents au printemps disparaissent pendant la belle saison). Comment diminuer la pression du renard sur la faune sédentaire ?
Voilà les questions que tous les chasseurs du département nous poseront lorsque nous allons présenter les résultats scientifiques de l’étude perdrix. C’est dans le but de répondre à toutes ces interrogations que nous avons lancé un suivi sur le renard.

Comment ?

Dans un premier temps, il fallait trouver le matériel approprié au suivi de cette espèce, une espèce qui est en activité la nuit et qui est souvent en inactivité en sous-sol. Sachant que très peu d’études sur des espèces nocturnes et utilisant un terrier ont été menées en Europe, il a fallu chercher un fabricant qui puisse nous assurer le bon fonctionnement du matériel. Il nous fallait du matériel précis, léger et qui puisse permettre un suivi assez long. (6-8 mois) La Fédération Départementale des Chasseurs du Loir et Cher expérimentait du matériel pour suivre des perdrix et nous avons donc récupéré les coordonnées du fournisseur.
Du matériel efficace nous a été proposé par un fabricant espagnol qui est spécialiste du suivi de la faune sauvage par GPS et/ou VHF. Le matériel utilisé sera donc un collier GPS/VHF qui nous donnera la position de l’animal avec une précision de 2 à 5 m toutes les 3 heures la journée et toutes les 30 min la nuit. En plus de la fonction GPS le collier possède aussi quelques options telles que la sonde de température et le rechargement solaire. Les colliers ont un poids de 220 grammes et sont équipés d’une batterie chargée pour environ 6 mois de suivi. Pour la fonction GPS, une fois le collier installé sur le renard nous recevons les données tous les matins sur une plateforme informatique qui nous permet de visualiser les localisations sur Googles Earth. (Internet). Pour la fonction VHF, nous avons la possibilité de localiser l’animal dans son terrier grâce à un récepteur qui a aussi comme fonction de pouvoir reprogrammer l’intervalle de temps entre les relevés GPS.

 

Les captures.

Ayant trouvé le matériel, il faut maintenant capturer et équiper deux renards, ce qui n’est pas le plus facile !
Benjamin DURAND (Piégeur et chasseur sur l’exploitation familiale de Tourny) avait disposé ses pièges afin d’être le plus efficace possible. Une semaine après avoir reçu le matériel, le 22 février 2012, Nicolas DURAND (Cultivateur et chasseur sur l’exploitation) nous appelle en nous informant qu’une femelle était prise au collet. « Ni une ni deux », et les agents de la FDC 27 bien équipés pour éviter les crocs de dame renarde partent pour équiper l’animal. En 10 minutes l’animal était équipé et relâché, une femelle de 8 kilogrammes, nous allions bientôt être fixés quant à sa réaction face au collier. Dans les premiers jours, la renarde s’est éloignée de sa zone de capture (+ ou – 5km) et elle est allée se réfugier dans la bordure d’un massif forestier. Puis au bout de quelques jours de « de stress » elle a commencé à reprendre son activité et à revenir vers sa zone de capture. Après quelques semaines de suivi, nous avions déjà repéré deux terriers (très proches des habitations)
Cette renarde a mis bas (certainement le 22 mars, car elle est restée au terrier pendant plus de 24h sans la moindre sortie) ses parcours sont très réguliers et souvent dans des zones identiques d’une nuit à l’autre. Depuis le début, ses parcours d’activité couvrent une surface d’environ 600 ha.

Deux semaines se sont passées depuis la prise du premier animal et Benjamin n’avait pas de gros mouvements au niveau des pièges. L’objectif était de capturer les deux animaux avant le 30 mars ! A la Fédération nous commencions à vouloir changer de méthode en essayant d’équiper un renard pris lors d’un déterrage, mais le 16 mars le téléphone sonne et nous voilà repartis pour l’équipement du deuxième renard. Cette fois si, Benjamin DURAND avait fait mouche au piège à lacet (12ème renard pour Benjamin sur 500 ha depuis décembre 2011) nous espérons que ce soit un mâle, mais «malheureusement» c’était encore une belle femelle. En manipulant l’animal, nous avons vite observé que cette renarde avait mis bas et allaité déjà depuis quelques jours. Comme pour la première, le peson nous indique le poids de 8 kg et l’équipement se fait sans aucun problème.

Le suivi.

La renarde est retournée à son terrier dès la première nuit et elle n’a pas eu l’air d’être perturbée par son collier. Son rayon d’action est cependant beaucoup plus restreint, car elle gravite sur une surface d’environ 150 ha. Petite astuce afin de repérer nos deux individus, nous les avons équipés de boucles d’oreilles réfléchissantes ce qui permet d’éviter leurs prélèvements par les Lieutenants de Louveterie.
Dans les semaines qui suivent nous avons intensifié les pointages avec la reprogrammation d’un collier qui nous permet un pointage toutes les 10 minutes et nous avons pointé les perdrix de façon systématique deux fois par jour. Le but étant de voir l’impact direct du renard sur les oiseaux équipés.

Nous avons effectué un diagnostic de territoire afin d’analyser en fin d’étude les cultures ainsi que les éléments fixes utilisés par nos deux renardes. Nous avons mis en place des pièges photographiques qui nous ont permis de connaître le nombre de renardeaux de « Grande Femelle ».

Ce suivi reste une première pour une Fédération Départementale des Chasseurs. Malgré un nombre d’individus trop restreint pour avoir des résultats scientifiques et représentatifs, notre suivi nous permettra de savoir qu’il y a des possibilités pour mieux connaître ce prédateur, et qui sait, peut-être que certaines autres Fédérations des Chasseurs se lanceront dans le même suivi.

Les données GPS de la position des renardes étaient accessibles chaque jour à partir d’une plateforme internet, et ont pu être exploitées au fil des mois.
Les mouvements quotidiens, la fréquentation du milieu, le domaine vital de chaque renarde ont ainsi pu être étudiés durant plusieurs mois et nous fournir des informations importantes.

Par exemple, il est ressorti au cours de l’analyse des données qu’il y avait une forte fréquentation des lisières de cultures qui sont également le lieu de nidification d’une majorité des perdrix. Nous avons pu constater que le pic d’activité des deux renardes équipées débutait en fin de soirée, vers 22h et qu’il se terminait vers 6h30 le matin.

L’étude continue en 2013 puisqu’une nouvelle renarde a été équipée en avril dernier sur la commune du Cormier sur laquelle nous menons parallèlement une étude faisan. Cette renarde fut capturée au piège billard, elle avait mis bas et pesait 5.5 kg. Pour le moment, son territoire est très restreint (environ 150 ha) et depuis un mois elle est cantonnée dans une parcelle de colza !

Ces suivis ont permis d’estimer le domaine vital de ces trois individus, de voir leurs habitudes nocturnes et diurnes, les distances parcourues, la fréquentation des différentes cultures et zones habitées, mais également leurs périodes d’activité et d’inactivité.
De plus, nous avons pu remarquer que les renardes s’approchaient fréquemment de zones habitées, par exemple la renarde du Cormier s’est approchée plus de 300 fois de zones humaines en l’espace de cinq mois.
D’autres individus seront équipés dans les mois à venir, notamment au niveau de zones urbaines afin de mieux appréhender leurs comportements au niveau des villes…

Nous espérons qu’elle nous apportera de nouvelles informations essentielles pour mieux comprendre le mode de vie de ce nuisible et nous avons maintenant l’ambition d’effectuer un suivi sur un ou deux autres individus capturés sur un territoire de type périurbain.

Depuis cet article, en 2014, 2 renards, un mâle et une femelle ont été équipés d’un collier. Il y a eu quelques problèmes avec les transmissions GPS. Un renard à proximité de la ville parcourait tout son territoire, y compris la ville de part en part. Il fréquentait assidûment les bacs à sable des enfants et le terrain de golf. Les mâles exploitent un plus grand territoire que les femelles, et fréquentent plusieurs femelles (jusqu’à 4 différentes) et ne restent pas à élever les jeunes d’une seule femelle comme dans Walt Disney. Il y aura 3 renards équipés encore en 2015, puis une synthèse de tous ces suivis sera publiée.

 

Angèle LECACHEUR Service Civique et Cyril POLVE Technicien FDC27

Merci à :
Nicolas GAVARD-GONGALLUD
Directeur de la Fédération Départementale des Chasseurs de l’Eure


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